Manips autour de l'Antenne Electronique à Balayage

site en construction

Yannick Avelino

Etant étudiant en électronique, nous avions réalisé dans mon université un émetteur ATV destiné à faire des démonstrations lors de journées portes ouvertes.
Notre projet, BIEN SÛR, était d’avoir un émetteur mobile et une station fixe en réception. BIEN SÛR, nous pensions utiliser de simples verticales, et BIEN SÛR, nous allions au devant de graves ennuis...
Quiconque a déjà essayé ce genre de sport dans un bâtiment moderne (alliage fort poétique d’aluminium, de béton armé et de verre) comprend immédiatement ce à quoi je fais allusion : niveaux de champs souvent énormes et réflexions multiples aux rotations de phases improbables s’allient pour rendre toute transmission impossible et donner en résultat une image tout simplement catastrophique.
La solution ? Utiliser au moins une antenne directive en réception, permettant de diminuer la puissance émise, et de s’affranchir d’une grande partie des réflexions grâce à un bon rapport avant/arrière.
Oui... Mais un émetteur mobile est... MOBILE, et mettre une yagi sur un rotor et tenter d’asservir l’ensemble est la première idée qui vient à l’esprit. C’est une idée... Mais les coaxiaux souffrent... La rotation est lente... Le système est lourd...
Une autre solution plus séduisante se trouve dans ce que l’on appelle (souvent au travers de ses applications radar) L’ANTENNE ELECTRONIQUE A BALAYAGE (AEB).

1 - L’AEB : un réseau d’antennes
A la base, L’AEB n’est rien d’autre qu’une transposition un peu plus haut en fréquence des “phased antennas networks” utilisés en HF. Le principe est assez simple : coupler au travers de déphaseurs variables des antennes ayant un lobe de rayonnement large. La recombinaison des ondes reçues ainsi traitées permet d’obtenir une antenne “virtuelle” au lobe de rayonnement contrôlable. Il nous suffit alors de modifier les déphasages pour orienter le lobe.

2 - L’art de la “re”-composition
A ce stade, un grand dessin vaut mieux qu’un discours trop court (fig 1):


Ce dessin permet de comprendre intuitivement le fonctionnement d’un réseau d’antennes sans déphasage.
En partant de deux dipôle ayant un diagramme de rayonnement omnidirectionnel (fig2), l’on obtient un diagramme comportant 2 lobes symétriques (zone bleue de fig1 dans laquelle est l’utilisateur 1, ou configuration A de la fig3).

Pour un réseau de deux dipôles, si l’on fait varier la distance les séparant, ET le déphasage entre les deux, on a (fig3):


3 - La réalisation
Pour nos essais, nous allons réaliser un réseau de 4 dipôles ?/4 en carré sur un plan de masse. Ces dipôles sont individuellement équivalents à un doublets de Hertz au point de vue électrique (diagramme de la fig 2). Les côtés du carré mesurent ?/4. La structure physique est représentée en figure 5.


Il faut noter ici que l’antenne ainsi décrite va avoir deux modes de fonctionnement. Le premier est pour un lobe principal dont l’axe est orthogonal aux côtés du carré (0°, 90°, 180°, et 270°). Ainsi, ce n’est ni plus ni moins que deux fois la configuration B de la figure 3. Dans ce cas, on obtient le diagramme de rayonnement montré en figure 4.


L’autre façon de faire fonctionner l’antenne est de rendre l’axe du lobe principal colinéaire à une diagonale (45°, 135°, 225° et 315°). Dans cette configuration (fig8), on note un rapport avant arrière bien meilleur (30dB), un gain un peu meilleur (11dBi), et surtout, un lobe bien plus étroit (95° à -3dB au lieu de 117°).

3.1 - Synoptique


L’orientation du lobe de rayonnement principal est fonction des déphasages que l’on va appliquer aux signaux issus de chaque dipôle.
On peut donc déduire un tableau qui nous donne les déphasages à appliquer selon l’angle que l’on veut obtenir pour l’axe du lobe principal.


3 valeurs vont nous être suffisantes pour pouvoir réaliser notre antenne.

3.2 - Déphaseurs
Deux solutions ont été explorées. Nous avons tout d’abord voulu réaliser un système de déphaseur continu à l’aide d’un coupleur hybride et de varicaps (voir APN1009 d’Alpha Industries). Cependant, nous n’avons pas réussi à maîtriser la réalisation du coupleur de manière satisfaisante, et les pertes ont été jugées trop importantes.
La solution ayant trouvé notre préférence est la commutation de lignes à diodes PIN (voir le PIN diode circuit designers’ handbook de Microsemi).
Comme vous l’avez compris, notre déphaseur comporte 3 lignes. La première (le 0°) nous donne un déphasage entre son entrée et sa sortie. La seconde nous donne le déphasage de la première + 90° et la troisième +180°. Les longueurs des lignes ont été calculées avec Appcad (à télécharger sur le site d’Agilent). Le substrat utilisé est du FR4 standard double face de 0,8.
La figure 7 nous montre le dessin du déphaseur (non non, ce n’est pas un gag... mais où est la moustache ?).


Les diodes sont polarisées deux par deux, et les premiers essais peuvent être réalisés avec de simples interrupteurs à la place d’un système à microcontrôleur.
Un problème connu de ce type de circuit est un phénomène de résonnance sur les lignes. Les désadaptations que présentent les diodes provoquent une onde réfléchie se propageant et “rebondissant” de diode en diode. Toutefois, avec les diodes (BAR63-02W, en provenance directe de chez Franco Rota) et les longueurs de lignes choisies, nous n’avons pas rencontré le problème...

3.3 - Le circuit de l’antenne
Des dipôles quart d’onde comme ceux que nous avons utilisés présentent une impédance de 75Ohm. Nous avons donc décidé d’utiliser comme support un morceau de CI comme support. D’un coté, les circuits d’adaptation, et de l’autre, un plan de masse servant aussi bien aux lignes microstrips qu’aux dipôles eux-mêmes.
L’adaptation entre l’électronique 50Ohm et les dipôles 75Ohm est tout simplement réalisée avec un transformateur quart d’onde d’impédance caractéristique 61,24Ohm.
Il faut admettre que tailler les dipôles n’est pas facile. Ayant la chance de disposer d’un analyseur de réseaux vectoriel, j’ai soudé des brins de cuivre volontairement trop longs. Je les ai ensuite retaillés à la pince coupante pour obtenir une impédance la plus proche possible de 50+j0.

3.4 - Mesure de puissance
Pour pouvoir asservir le système sur un mobile, il nous est nécessaire de mesurer la puissance reçue. Pour cela, nous avons utilisé un AD8313 d’AnalogDevice monté en “power meter”.


L’avantage le plus important de ce composant est sa dynamique de 70dB à 1,2GHz. Ceci nous donne donc la possibilité de travailler aussi bien avec des signaux forts que relativement faibles. Non seulement c’est essentiel dans une chaîne réception, mais cela ouvre des perspectives sur l’asservissement en gain d’un éventuel préampli. Le fait de pouvoir convertir directement la tension mesurée en dBm par un simple facteur facilite aussi grandement les choses.

4 - Essais et perspectives
A ce jour, nous n'avons pas éffetué de mesure de directivité. Tout au plus nous avons constaté une variation cohérente su niveau reçu en fonction des discrets logiques appliqués aux déphaseurs.
Le gain doit être un peu inférieur aux valeurs simulées avec EZNEC, à cause des pertes dans les déphaseurs et le coupleur 4 vers 1. Cependant, les relations de phase étant bien contrôlées avec ce type de déphaseurs, les lobes obtenus doivent être assez fidèles.
Cet article est plus un exposé qualitatif qu’autre chose sur l’utilisation d’AEB par les amateurs en UHF. En effet, un grand nombre d’améliorations peuvent être apportées. La première est de réduire le nombre de petits CI (9 au total: 4 déphaseurs, 1 coupleur, 1 antenne, 1 microcontrôleur, 1 convertisseur analogique numérique, et 1 AD8313). Regrouper l’ensemble paraît essentiel pour limiter les pertes. D’autre part, les déphaseurs et le coupleur devraient être réalisés en 75Ohm. On gagne ainsi 3 transformateurs quart d’onde, car une seule adaptation d’impédance est alors nécessaire après le coupleur.
Les domaines dans lesquels nous pouvons tirer parti d’un tel système sont variés. Certes les performances ne sont pas exceptionnelles (pas plus d’une dizaine de db pour 4 éléments), mais j’avoue que des essais au niveau d’un relais m’intéresseraient assez.
Une idée me trottant dans la tête depuis pas mal de temps est un “mini” réseau numérique à débit adaptatif (pas plus de quelques clients). Ce montage pourrait bien constituer l’antenne du noeud central de mon réseau.
Tout cela pour dire qu’il y a de tout pour tout le monde, et que seules les idées manquent ! Alors, créez, proposez, débattez (de technique), et que vive la radio !


yannick.avelino@wanadoo.fr

Téléchargement